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  • : Ce blog est un espace de liberté, où les femmes hypersexuelles pourront parler comme elles le veulent, se confier, et nous faire comprendre comment elles en arrivent à être ce qu'elle sont.
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Samedi 7 novembre 6 07 /11 /Nov 01:00
Gonzague nous livre une excellente analyse de la femme et de ses besoins sexuels au travers du temps. Un grand merci à lui.

Je me propose de faire le point sur les idées fausses longtemps véhiculées sur la nymphomanie, et dont certaines n'ont pas encore été balayées.


La femme aux besoins sexuels "exagérés" (par qui, sur base de quels critères ?), menacerait l’homme et causerait aussi beaucoup de tort à la gent féminine. Il faut le préciser, cette dernière théorie est une trouvaille masculine, et ce sont les hommes également qui se sont chargés de fixer à leurs compagnes les normes sexuelles qu’elles devaient respecter !


D’un mot, retenons que pendant longtemps, pour parvenir à ce « tour de force », on partait du postulat stupide qu’une pratique trop intense des rapports intimes engorgeait la matrice de la femme, engorgement qui favorisait à terme le développement de substances vénéneuses dans son ventre !

Certains médecins soutenaient l’idée que les pulsions du « mâle » n’étaient pas vraiment à craindre car l’homme est après le coït dans un état qui le comble totalement. Sa partenaire connaît elle aussi pareil état, à ceci près qu’elle peut, une fois l’acte charnel consommé, partir immédiatement en quête de nouveaux délices. C’est bien cet appétit inextinguible qui faisait de la femme une créature particulièrement redoutable au point d’être parfois comparée à une « bête fauve » !

 

Au XVIe siècle, Bailly prétendit même étayer cette thèse : « Si les femelles des animaux fuient le mâle dès qu’elles ont été fécondées, le contraire est aux femmes : car elles désirent pour la délectation et non seulement pour l’espèce. »

Trois siècles plus tard, Proudhon, dans un accès d’antiféminisme dont il était coutumier, développa à son tour cette idée grotesque en prétendant que « chez les animaux, c’est la femelle qui recherche le mâle ; il n’en n’est pas autrement, il faut l’avouer, de la femme... Toute la différence qu’il y a entre elle et les autres femelles est que son rut est permanent. »

 

Enfin notons qu’au XIXe siècle toujours, le docteur Julien Virey estimait, pour sa part, que le penchant nymphomane de la femme trouvait son origine dans la texture même de son anatomie intime.

Selon Virey, elle était dotée d’une sensibilité telle qu’elle provoquait des jouissances hors du commun à l’origine de bien des dépravations.
Cependant, nul ne poussa aussi loin la phobie des femmes réputées sexuellement insatiables que le "philosophe" Otto Weininger. Peu avant de se suicider à l’âge de vingt-trois ans, Weininger estimait en effet avoir démasqué ce qui faisait le propre de la nature féminine : sa libido démesurée qu’il expliquait par le fait que toute femme est « naturellement » poussée par le désir permanent d’enfanter.


Devant tous ces périls, on comprend mieux pourquoi nombre de civilisations, dirigés par des hommes, se sont estimées être en droit de réguler les "pulsions lubriques" des femmes. Tantôt préventives, tantôt répressives, les mesures prises varièrent sensiblement selon les époques et les pays mais toutes admettaient implicitement le caractère hautement dangereux de la nature féminine. Aux XVIe et XVIIe siècles, les juges en vinrent même parfois à considérer que les nymphomanes menaçaient autant la paix sociale que les criminels !

Une multitude de dictons montre d’ailleurs que, sur cette question, ils ne faisaient que se conformer à l’opinion du plus grand nombre. Ne disait-on pas en effet depuis le Moyen Age, qu’il « n’est point de vice que les femmes et les guenons ignorent !»

 

Et plus près de nous, la question continuait à tourmenter bien des hommes, à l’image des rédacteurs du code Napoléon quand ils créèrent un délit « d’offense sur les hommes » à l’adresse de toutes celles qui poursuivaient les mâles avec trop d’assiduité.

 

Notons encore que Georges Vigarello a montré dans son Histoire du viol, comment la prétendue nature nymphomane des femmes a également permis pendant longtemps d’atténuer la responsabilité des violeurs.

Les juges, notamment au XVIIIe siècle, estimaient en effet qu’un homme seul n’avait pas suffisamment de force pour pouvoir violer une femme ! Pareilles analyses, étaient également défendues par les encyclopédistes, Voltaire, Rousseau, Diderot ...

La peur masculine vis-à-vis des nymphomanes n’est donc pas un mythe.

S’il fallait en trouver une nouvelle preuve, elle serait à chercher du côté des œuvres de fiction. A commencer par le roman, qui a toujours accordé une large place aux « croqueuses d’hommes », comme « On est toujours trop bon avec les femmes », de Raymond Queneau, ou encore « Le journal d’une femme de chambre » d’Octave Mirbeau.

 

Dans le premier, on suit Gertrie, une nymphomane à la personnalité des plus ambiguës, puisqu’elle apparaît à la fois victime et coupable. L’histoire a pour toile de fond l’attaque en 1916 à Dublin d’un bureau de poste, par une poignée de républicains irlandais. Leur tentative ayant échoué, ils se trouvent rapidement pris au piège à l’intérieur du bâtiment, encerclés par l’armée britannique.

C’est alors qu’ils découvrent dans les « lavatories » de l’immeuble assailli, une jeune Anglaise, Gertrie, qui n’a pu s’extraire de sa position d’infortune. Violée à plusieurs reprises, la jeune femme semble contre toute attente se satisfaire de mieux en mieux de son sort, à tel point que les violeurs se sentent à leur tour manipulés par cette femme hors norme.

Ceux-là même qui rêvaient de mourir en héros, finissent par se convaincre qu’ils se comportent comme des bêtes, par la faute d’une femme sans morale. Quant à la chute imaginée par Queneau, elle est pour le moins inattendue. Dans l’ultime scène du récit, les Anglais prennent le contrôle du bureau de poste d’où ne sortent vivants que la jeune femme et deux Irlandais. Alors qu’elle tient entre ses mains le destin de ces hommes, Gertrie les dénonce. Face au poteau d’exécution, l’un des deux s’exclame dans un dernier souffle : « On est toujours trop bon avec les femmes ! »


La figure de Célestine, l’héroïne du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, est bien connue. Femme de chambre de son état, elle rédige un journal sur sa vie quotidienne et notamment sur les aventures galantes qu’elle accumule.

Mais Octave Mirbeau nous propose une approche originale de la nymphomanie, dans la mesure où son héroïne finit par être victime de ses propres pulsions. Après avoir dominé aussi bien un jeune tuberculeux qu’un vieillard pervers et fétichiste, elle se trouve à son tour dominée. L’homme qui la tient sous sa coupe, un certain Joseph, est tout à la fois monstrueux et fascinant. Célestine en est éperdument amoureuse alors même qu’elle sait pertinemment qu’il a violé une adolescente. Totalement sous l’emprise sexuelle de ce monstre, elle achève son journal par ces mots terrifiants : « Joseph me tient, me possède comme un démon. Et je suis heureuse d’être à lui [...]. Je sens que je ferai tout ce qu’il voudra que je fasse, et que j’irai toujours où il me dira d’aller [...] jusqu’au crime ! »


Ces deux femmes sont en réalité le parfait reflet d’une société qui, à partir de la Révolution, s’est souvent complue à diffuser les aventures intimes réelles ou fantasmées de quelques célébrités. La rumeur prêtait ainsi à Sarah Bernhardt d’avoir expérimenté des rapports intimes avec un jeune alligator !

A cette époque, des ragots de ce type, le « Tout Paris » en bruissait par centaines. Dans la calomnie, toutes ces femmes rejoignaient le triste sort de Marie-Antoinette, que les révolutionnaires avaient accusée en son temps d’entretenir des relations incestueuses avec son fils. Seul fait nouveau, les réputations sulfureuses colportées par la rumeur ne se cantonnaient plus, dans les années 1900, aux seules personnalités honnies.

 

Reste à évoquer maintenant la question du statut actuel de l'hypersexuelle, terme qui a remplacé celui de nymphomane, réduit aux situations de femmes souffrant de troubles compulsifs, sans y trouver de plaisir, au contraire de l'hypersexuelle.

Que celle-ci ne soit plus la femme détestée des siècles passés ne fait guère de doute. Affirmer qu’elle serait dès lors devenue une personne qui peut assumer au grand jour son état, est en revanche loin d’être établi. Les femmes seraient, affirment quelques spécialistes « es sexologie », de plus en plus « partantes » pour se lancer dans des initiatives que la morale réprouvait il y a peu encore.

Afin de déterminer précisément quelle est la place actuelle de l'hypersexuelle dans la société, regardons du côté de la littérature, du cinéma ou de l’univers de la mode peut nous éclairer. Les « stars » incontestées du « porno chic » sont la cinéaste Catherine Breillat, avec son film "Romance" et la romancière Catherine Millet, qui a vendu plusieurs centaines de milliers d’exemplaires d’un livre dans lequel elle relate par le menu ses expériences sexuelles pour le moins débridées.

Finalement, les destins de Catherine Millet et Catherine Breillat semblent se croiser puisque l’une comme l’autre ont été élevées au rang de « femmes dangereuses », pour avoir cherché à banaliser des comportements féminins pervers et avilissants.

Le « porno chic » étant dans « l’air du temps »,  il fut rapidement adopté par les professionnels du marketing. On voit ainsi se multiplier depuis plusieurs années les campagnes publicitaires « surfant » sur ce nouveau « genre artistique. » Un autre élément qui semble corroborer la thèse de la banalisation des comportements nymphomanes est le développement depuis une quarantaine d’années de la bande dessinée « pour adultes. »

Tous les exemples que nous venons d’évoquer ne permettent pas cependant d’accréditer l’idée qui voudrait que les femmes actuelles seraient de plus en plus désinhibées et ce, pour au moins deux raisons.

La première est que dans leur grande majorité celles-ci sont aujourd’hui comme hier plus réfractaires que leurs compagnons pour expérimenter des comportements sexuels dits   « non conventionnels ». La seconde est qu’elles continuent à revendiquer haut et fort leur attachement indéfectible aux valeurs liées à la fidélité au sein du couple.

La femme moderne est donc peut-être plus libérée que ne l’étaient sa mère et sa grand-mère mais cela ne fait pas pour autant d’elle une nymphomane.

 

Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au CNRS, chargée de cours à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, estime au terme de ses investigations sur la vie sexuelle des Français que le nombre moyen de partenaires déclarés d’un individu au cours de sa vie serait de 3,3 pour les femmes et de 11 à 13 pour les hommes.

De même, toutes les pratiques « hors normes » seraient beaucoup plus revendiquées par les hommes que par les femmes. Les premiers seraient par exemple 10 % à avoir pratiqué le triolisme une fois dans leur vie, contre 2 % des femmes.

 

L'hypersexuelle jouit donc de nos jours d’un statut ambigu. Elle n’est plus la créature abhorrée des temps passés, mais n’est pas plus la femme adulée qui peuple certaines publications en vogue.

Elle est tout à la fois attrayante et inquiétante, le point de vue porté sur elle étant en réalité largement déterminé par l’âge et le sexe de celui qui la juge.

Elle a le vent en poupe, les forts tirages qu’obtiennent ses « confessions » dans la presse ou en librairie le prouvent, ou l'attrait de certains blogs érotiques, non pas qu’elle incarne la femme contemporaine mais parce qu’elle répond aux attentes d’une frange de la population, très majoritairement masculine.

 

Catherine Millet et Catherine Breillat, entre autres, ont produit par conséquent des œuvres qui répondent incontestablement à un besoin marchand, mais elles n’incarnent pas pour autant l’avant-garde d’une nouvelle génération de femmes.

 

 

Par Gonzague - Publié dans : Analyses
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